top of page
Rechercher

Individualiste ou communautaire ? Ce qu’on croit demander, ce qu’on dit vraiment

  • zoghbisara8
  • il y a 22 heures
  • 2 min de lecture

Et si le problème venait surtout de la question...?


On aime bien ranger les sociétés dans des cases. C’est rassurant. On a l’impression que, si l’on comprend le type de culture dans lequel on évolue, on saura comment se comporter, comment travailler, comment communiquer.


Alors on tranche.

Ici, les gens sont individualistes. Là-bas, ils sont communautaires.Fin de l’histoire.


Sauf que très vite, quelque chose résiste.


Cette opposition, aussi pratique soit-elle, repose sur une illusion. Celle où ces mots auraient un sens stable, clair et partagé. Or ils glissent. Ils changent de valeur selon les contextes, les histoires, les normes sociales et politiques. Ce que l’on appelle individualisme dans une société peut relever, ailleurs, d’une forme de responsabilité envers les autres. À l’inverse, ce qui est qualifié de communautaire peut être vécu, selon le contexte, comme une contrainte plus que comme une solidarité. Le même mot, le même geste, mais une lecture radicalement différente.

C’est souvent là que naissent les malentendus interculturels. Non pas parce que les personnes vivent dans des cultures différentes, mais parce qu’elles projettent sur l’autre leurs propres évidences. On croit discuter de comportements, alors que l’on se heurte à des définitions implicites de l’autonomie, du lien social et de ce qui est jugé acceptable ou non.


Dans certaines sociétés, se penser d’abord comme individu peut être interprété comme un manque de loyauté envers le groupe. Dans d’autres, cette même posture est considérée comme une condition nécessaire pour entretenir des relations équilibrées. De même, faire passer la famille ou la communauté en priorité peut être perçu soit comme un devoir moral fondamental, soit comme une entrave à l’émancipation personnelle.

Dans la pratique, aucune société ne fonctionne selon un seul principe. Les normes se négocient. Elles se déplacent. Elles se contredisent parfois. On passe sans cesse de l’autonomie à l’interdépendance, selon les situations, les espaces et les moments de vie.

Réduire ces dynamiques à une opposition figée empêche de comprendre ce qui se joue réellement dans les interactions interculturelles. Cela donne l’illusion que le conflit vient de l’autre culture, alors qu’il vient souvent de notre difficulté à reconnaître que nos catégories ne sont ni neutres ni universelles.


La question n’est donc peut-être pas de savoir si une société est individualiste ou communautaire. La question est plutôt de comprendre ce que ces mots signifient ici, maintenant, pour ces personnes-là. Et surtout, ce que nous faisons passer pour des évidences lorsque nous les utilisons.


Parce qu’au fond, parler d’individualisme et de communautarisme, ce n’est jamais seulement décrire une culture.C’est toujours aussi parler depuis une position.Avec ses angles morts. Et ses certitudes rarement interrogées.


Et tant que ces catégories servent à expliquer l’autre sans jamais se retourner sur soi, elles disent finalement moins sur les sociétés… que sur notre besoin de les simplifier.

 
 
 

Posts récents

Voir tout
Excellent ici, moyen ailleurs

On peut avoir exactement le même CV, les mêmes années d’études, les mêmes nuits blanches… et découvrir, en changeant de pays, qu’on est passé de « profil exceptionnel » à… « profil tout à fait correct

 
 
 
Quand la famille entre dans la salle de réunion...

...la belle-mère devient partie prenante d’une négociation professionnelle! Dans bien des milieux, on imagine la prise de décision comme un exercice rationnel, réservé à la sphère professionnelle. Pou

 
 
 
Dire “je” dans un monde pluriel

Parler de soi n’est jamais un acte neutre. Selon le contexte culturel, la même phrase peut exprimer de la confiance ou paraître arrogante, de l’humilité ou de l’effacement. Derrière les mots se cachen

 
 
 

Commentaires


bottom of page